Laurent Grasso

10 novembre 2020 - 14 février 2021
Laurent Grasso a été invité en 2017 par le musée d'Orsay pour réaliser une œuvre de grande ampleur dialoguant avec l'exposition événement Les origines du monde. L'invention de la nature au siècle de Darwin.

Depuis trois ans, le studio Laurent Grasso est entré dans un processus de recherche autour de l'irrémédiable transformation de la nature par l'homme et de l'indissociable entrelacement du naturel avec le culturel. Un film ainsi qu'une série de peintures et de sculptures sont en cours d'élaboration.

Dans la continuité des recherches darwiniennes, l'artiste scrute les évolutions, mutations et transformations du vivant mais dans le contexte 2.0 d'une hyper accélération de ces changements et d'une hybridation paroxystique des humains et des non-humains.

Empruntant au topos darwinien de l'expédition, le projet de film de Laurent Grasso pose la question de l'exploration dans un monde cartographié par satellite, hyperconnecté, où l'espace et le temps se trouvent comprimés et dans lequel les découvertes sont davantage liées à une géographie conceptuelle, prospective, expérimentale, qu'à un cheminement physique tel que celui entrepris par Darwin à bord du HMS Beagle.

C'est ainsi que s'est dégagée progressivement l'idée d'un "film machine", un film qui s'écrirait, évoluerait et se réagencerait tel un code, puisant dans le monde comme dans une base de données et faisant émerger les spectres de différents lieux symptomatiques d'un impact ou d'une ingénierie de l'homme sur les milieux.

Plutôt donc que de privilégier un tournage réel, comme dans ses précédents films, le studio Laurent Grasso a entrepris un long travail de traitement d'images, de faits, de narrations déjà collectés, avec l'intuition que l'enjeu de l'exploration aujourd'hui se situerait davantage dans les défis de l'analyse du big data que dans l'accumulation de nouvelles données à interpréter. Autrement dit, l'opacité du monde proviendrait plus d'une accumulation d'informations à déchiffrer que de zones géographiquement inconnues qu'il s'agirait de défricher.

La crise du COVID 19 est venue tragiquement corroborer les intuitions du projet en cours d'élaboration. D'une part parce qu'elle est un "hyperobjet" dont l'invisibilité n'a d'égal que son étendue planétaire, un produit complexe issu d'interactions hasardeuses entre humains et non-humains et d'une géographie mondialisée. D'autre part, parce que le confinement qu'elle impose accentue l'importance grandissante de cette virtualisation du monde.